Trafic mondial de drogues.
Drogues : Pourquoi l’Afrique de l’Ouest est-elle devenue une région centrale dans le trafic mondial de cocaïne. Par Dr Ben ZAHOUI-DEGBOU.
Source : -- (Agence GLOUZILET) Date : 06-04-2026 -- N°: 213 -- Lu : 3510 fois -- envoyer à un ami
Depuis le début du XXIe siècle, le trafic mondial de cocaïne a connu une transformation majeure, marquée par une diversification des routes et une complexification des réseaux criminels. Si la production reste largement concentrée en Amérique du Sud, notamment en Colombie, les circuits d’acheminement vers les marchés de consommation, en particulier européens, se sont profondément reconfigurés. Dans ce contexte, l’Afrique de l’Ouest s’est progressivement imposée comme une zone de transit stratégique. Ni productrice à grande échelle, ni principal marché de consommation, cette région occupe néanmoins une place essentielle dans les flux illicites contemporains. Selon plusieurs estimations, une part significative, parfois jusqu’à un tiers de la cocaïne destinée à l’Europe y transite.
La poudre de cocaïne.

La cocaïne est une drogue d’origine naturelle. Elle est produite à partir des feuilles de coca, un arbuste que l’on trouve principalement en Amérique du Sud. La cocaïne est obtenue en transformant les feuilles en une fine poudre blanche.
Le trafic de cocaïne génère des revenus considérables en Afrique de l’Ouest, jusqu’à 900 millions de dollars (511, 7 milliards de F. CFA) de bénéfices annuels. La production mondiale de cocaïne dépasse aujourd’hui 2 000 tonnes par an. Par exemple, en juin 2025, 4,5 tonnes de cocaïne ont été saisies au port d'Amsterdam, en provenance du port de Tema, au Ghana. Signalons aussi qu’en janvier 2025, la Sierra Leone a rappelé son Ambassadeur en Guinée Conakry après la découverte de valises remplies de cocaïne dans des véhicules de l’ambassade.
Depuis 2021, plusieurs scandales publics ont vu plusieurs Membres du Gouvernement bissau-guinéens, impliqués dans le trafic de cocaïne. En Côte d’Ivoire, l’ancien commandant de la cellule antidrogue du Port Autonome d’Abidjan (PPA) et ses co-accusés, ont été condamnés en 2024, à cinq ans de prison. Ils ont été jugés coupables d’avoir détourné au moins dix sacs de cocaïne, soit environ 220 kg, sur une saisie de 1,56 tonne de drogue effectuée en février 2021 au bord de la lagune Ébrié.
Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest saisissent de très importantes cargaisons de cocaïne représentant des centaines, voire des milliers de kilos. Des saisies souvent accidentelles, ce qui signifie que le trafic réel est sans doute sensiblement plus important. La cocaïne part du Venezuela, de la Colombie ou d’ailleurs en Amérique du Sud, dans des conteneurs d’expédition, à bord de bateaux de plaisance ou de petits avions.
Cette situation soulève une question essentielle. Comment l’Afrique de l’Ouest est-elle devenue un maillon structurant du trafic mondial de cocaïne, et quels facteurs expliquent importance relative ? Pour y répondre, nous montreront d’abord que cette région s’est imposée comme un hub de transit stratégique dans un système globalisé, avant d’analyser les facteurs structurels qui expliquent cette position, puis d’en examiner les limites et les dynamiques évolutives.
En effet, l’Afrique de l’Ouest est devenue un hub logistique stratégique dans les routes du trafic de cocaïne. Elle s’est insérée dans les flux mondiaux entre zones de production et de consommation. Il faut rappeler que le trafic de cocaïne s’inscrit dans une géographie mondiale structurée par des zones de production (Amérique du Sud), des zones de consommation (Amérique du Nord, Europe) et des zones de transit intermédiaires comme l’Afrique de l’Ouest.
Dans ce schéma classique du Commerce International, cette région occupe une position géographique clé, entre l’Atlantique sud et l’Europe. Elle constitue donc un point de passage alternatif aux routes directes reliant l’Amérique latine aux grands ports européens, comme le port d'Anvers ou le port de Rotterdam. L’intégration de l’Afrique de l’Ouest dans le trafic international s’est accélérée à partir des années 2000. Dès le milieu de cette décennie, les organisations internationales identifient la région comme un point de transit majeur.
Des pays comme la Guinée-Bissau, le Cap-Vert et la Côte d’Ivoire, deviennent emblématiques de cette évolution, en raison de la faiblesse de leurs systèmes douaniers, de la corruption et de l’influence des réseaux criminels. Cette montée en puissance de l’Afrique de l’Ouest, s’explique notamment par le renforcement des contrôles sur les routes traditionnelles, la recherche de nouvelles voies moins surveillées et l’adaptation rapide des organisations criminelles.
Une fonction logistique essentielle dans un système bien organisé.
L’Afrique de l’Ouest ne constitue pas un simple point de passage passif, mais une véritable plateforme logistique. Elle reçoit des cargaisons en provenance d’Amérique du Sud, les stocke temporairement, les fragmente et les achemine vers l’Europe. La cocaïne s'est donc frayé un nouveau chemin ces toutes dernières années vers l’Europe : une route africaine. Un tiers de la poudre blanche consommée en Union européenne passerait par l’Afrique selon l’Observatoire européen des drogues, par la mer le long des côtes ouest-africaines, par avion de ligne ou jet privé et par la terre, en jouant à saute frontière à travers les déserts notamment, puis la Méditerranée.
Selon des spécialistes, le rôle de l’Afrique de l’Ouest, s’inscrit dans une logique de fragmentation du trafic, qui permet de réduire les risques et d’optimiser les profits. Dans ce Commerce de cocaïne, le rôle central de l’Afrique de l’Ouest repose en partie sur des facteurs internes comme la faiblesse des institutions étatiques, les moyens limités de contrôle des frontières et la corruption endémique au sein des administrations.
Ces éléments facilitent l’implantation de réseaux criminels et la circulation de marchandises illicites en Afrique de l’Ouest. Ils s’inscrivent dans une logique de mondialisation du crime organisé. Celui-ci implique naturellement des cartels sud-américains, des réseaux africains et des organisations européennes. Cette coopération internationale repose sur une division du travail : production en Amérique du Sud ; transit en Afrique ; distribution en Europe (notamment en France, Espagne ou Belgique).
Il faut préciser que le développement de la route ouest-africaine de la cocaïne, s’explique également par la pression croissante des forces de l’ordre sur les anciennes routes directes, la croissance de la demande européenne et bien sûre, la nécessité pour les trafiquants de diversifier les itinéraires. Dans ce sens, l’Afrique de l’Ouest apparaît ainsi comme une solution flexible dans un système en constante évolution.
Mais malgré son importance stratégique, l’Afrique de l’Ouest ne représente qu’une part limitée du trafic global de cocaïne dans le Monde, largement dominé par les flux directs entre l’Amérique du Sud et l’Europe. Sa contribution est estimée à une fraction minoritaire des volumes mondiaux, mais une part significative des routes vers l’Europe (environ 10 à 30 % selon les périodes).
L’Afrique de l’Ouest n’est pas la seule zone de transit de la cocaïne.
En effet, l’Afrique de l’Ouest n’est pas la seule zone de transit car il existe des routes directes maritimes comme celles des Caraïbes et de l’Afrique australe. Cette diversité limite le rôle de l’Afrique de l’Ouest et en fait un maillon parmi d’autres, dans un système global. Enfin, sa place est évolutive. Elle dépend en partie des politiques de répression, des mutations des réseaux criminels ; des contextes politiques régionaux (notamment dans le Sahel, avec des pays comme le Mali ou le Niger). Le trafic s’adapte en permanence, ce qui rend toute hiérarchie des routes provisoire.
Pour terminer ce document d’analyse, il faut dire que l’Afrique de l’Ouest s’est imposée, en l’espace de deux décennies, comme un espace stratégique du trafic mondial de cocaïne. Son importance repose sur une combinaison de facteurs géographiques, politiques et économiques, ainsi que sur l’intégration de la région dans des réseaux criminels transnationaux. Toutefois, cette position reste relative : la région n’est ni le cœur de la production ni celui de la consommation, et son rôle varie en fonction des dynamiques globales du trafic.
Ainsi, l’Afrique de l’Ouest apparaît moins comme un centre stable que comme un espace de transit flexible, révélateur des transformations contemporaines du crime organisé à l’ère de la mondialisation. L’étude du rôle de l’Afrique de l’Ouest dans le trafic de cocaïne invite à une réflexion plus large sur les liens entre mondialisation, inégalités et criminalité transnationale. Elle pose également la question de l’efficacité des politiques de lutte contre les drogues, dans un contexte où les réseaux criminels démontrent une capacité d’adaptation constante.
Le trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest est en train de prendre une proportion inquiétante, il est donc impérieux d’empêcher son expansion dans la région. Si elle réussit à contrecarrer l’expansion du trafic de cocaïne, l’Afrique de l’Ouest pourra éviter les flambées connexes de violence et de criminalité, le blanchiment des capitaux, la fuite des investissements étrangers, et la prolifération des réseaux de distribution de la poudre blanche.
Dr Ben ZAHOUI-DÉGBOU, Géographe-Journaliste, Spécialiste de Géopolitique. Enseignant-Chercheur en Commerce International (Investissement Directs Étrangers - IDE – et Développement).
Références.
1- Bulletin de la sécurité africaine (Centre d’études Stratégique de l’Afrique).
2- Office des Nations unies contre la drogue et le crime – World Drug Report
3- Agence de l'Union européenne sur les drogues – European Drug Report 2025
4- UNODC – Drug trafficking as a security threat in West Africa
5- Global Initiative Against Transnational Organized Crime
6- ANRS – analyses sur les trafics en Afrique de l’Ouest
7/ Le Monde Afrique du 7 mars 2025.
8/ Radio France Internationale (RFI) Cocaïne : la route africaine vers l’Europe 15 août 2025
Source : voir références ci-dessus.
Ma thèse de Doctorat :
Investissements Directs Étrangers (IDE)
Et Développement en Afrique. Avril 2023.
Mise en page et illustration :
ADJI Dagbo (glouziletnews.com).
Agence Gouzilet
Paris le 6 Avril 2026
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