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Racisme.

Pourquoi l’élection de douze Maires noirs, notamment Bally Bagayoko à Saint-Denis, ravive-t-elle le racisme anti-Noir en France ? Par Dr Ben ZAHOUI-DÉGBOU.

Source : -- (Agence GLOUZILET) Date : 11-04-2026 -- N°: 217 -- Lu : 3689 fois --

Bally Bagayoko, issu de l’immigration, est devenu le dimanche 15 mars 2026, le Maire de Saint-Denis, la ville la plus peuplée (150 000 habitants), de la région de l’Ile-de-France après Paris (2 millions d’habitants). Son élection a entraîné, comme il fallait s’y attendre, une foule de commentaires racistes sur des chaînes de Télévisions et les réseaux sociaux. L’élection de Bally Bagayoko et de onze autres Maires noirs, constitue un événement politique majeur. Elle s’inscrit dans une dynamique de diversification des élites politiques françaises, marquée par l’accès croissant de figures issues des minorités postcoloniales, à des fonctions dans la haute hiérarchie politique. Toutefois, cette évolution s’accompagne paradoxalement d’une recrudescence de discours racistes, notamment anti-Noirs, dans l’espace public et médiatique.

Pourquoi l’élection de douze Maires noirs, notamment Bally Bagayoko à Saint-Denis, ravive-t-elle le racisme anti-Noir en France ? Par Dr Ben ZAHOUI-DÉGBOU.
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Bally Bagayoko, le nouveau Maire de Saint Denis, près de Paris.

Pourquoi l’élection de douze Maires noirs, notamment Bally Bagayoko à Saint-Denis, ravive-t-elle le racisme anti-Noir en France ? Par Dr Ben ZAHOUI-DÉGBOU.
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Bien sûr, cette situation est  affligeante, mais, selon Dominique Sopo, Président de SOS Racisme, elle n’est guère surprenante au regard du vaste cloaque que représentent aujourd’hui des espaces numériques dirigés par des individus tels qu’Elon Musk. « En effet, outre leurs propres penchants suprémacistes, ces patrons multimilliardaires s’échinent à détourner avec délectation l’attention des masses de la folle inégalité des richesses afin de pousser ces mêmes masses à s’abîmer dans la haine, la jalousie et la peur à l’endroit d’hommes et de femmes que leur couleur de peau, la consonance de leur nom, leur religion ou leur origine nationale désigneraient comme des ennemis de la civilisation ou de telle ou telle Nation ».

 

Le phénomène du racisme anti-Noir qui prend de l’ampleur, interroge profondément le modèle républicain français, fondé sur un universalisme abstrait, censé transcender les appartenances raciales et les particularités culturelles, religieuse ou philosophiques. Dès lors, une tension apparaît entre l’idéal d’égalité formelle et la persistance de hiérarchies sociales et raciales. Dans ce contexte, une question centrale se pose : pourquoi l’accès au pouvoir politique de figures racisées provoque-t-il une intensification des réactions racistes, plutôt qu’une acceptation ou encore une normalisation de la diversité ?

 

Nous montrerons dans notre analyse que cette résurgence du racisme anti-Noir, s’explique par une combinaison de facteurs structurels : la remise en cause de l’ordre symbolique républicain qui repose sur l’universalisme, les mécanismes de racialisation médiatique et politique et le phénomène de « backlash » qui est lié à la transformation des élites. Nous terminerons notre article aux Etats-Unis, avec ce que l’élection de Barack Obama, a apporté à la lutte contre le racisme anti-Noir.

 

Une remise en cause de l’ordre symbolique républicain et de l’universalisme.


L’universalisme vient d'une certaine idée de la République, cette idée de l'existence d'une unité du genre humain qui nous rassemblerait au-delà de nos diversités culturelles. L'universalisme est donc une philosophie politique qui a un but, aussi simple que complexe, celui d'octroyer à tous les citoyens d'une même nation des règles, des valeurs, des principes communs et qu'ils s'appliquent quelles que soient nos particularités culturelles, religieuses ou philosophiques.


L’universalisme vient d'un héritage de la philosophie des Lumières, celle de Descartes, de John Locke et de Spinoza. On le retrouve dans les principes de la Révolution française. Fonder une République une et indivisible est au cœur des principes républicains, consacrés par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. 


Le modèle républicain français repose donc sur une conception universaliste de la citoyenneté, censée ignorer les différences d’origine. Toutefois, comme l’a montré Didier Fassin, Professeur au Collège de France, cet universalisme tend à invisibiliser les discriminations réelles. Ainsi : l’égalité proclamée masque des inégalités structurelles ; la « neutralité » républicaine correspond en pratique à une norme implicite, souvent associée à la blanchité. L’élection de Bally Bagayoko à saint Denis et les onze autres Maires noirs, rend visibles ces contradictions.


Selon le Sociologue français Pierre Bourdieu (1930-2002), le pouvoir politique repose sur des formes de domination symbolique. L’accès d’un Noir à une fonction municipale importante, vient bousculer les hiérarchies établies. Dans une ville comme Saint-Denis, à la fois marginalisée et symboliquement centrale, l’élection de Bally Bagayoko est perçue justement, comme une rupture de l’ordre social établi, suscitant des résistances conscientes ou inconscientes.


La construction de la figure racisée comme altérité politique.


Le concept de racialisation, initialement forgé par Frantz Fanon (1925-1961), Psychiatre et Essayiste français d’origine martiniquaise, pour insister sur la dimension « imaginaire » des catégories raciales, s'est progressivement diffusé et imposé. Il cohabite parfois, en français, avec celui de racisation. Ces termes soulignent la dimension dynamique et processuelle de la race. Ce concept de racialisation, développée notamment par Colette Guillaumin (1934-2017), Sociologue française et militante antiraciste, désigne l’assignation d’individus à une identité raciale construite socialement. Dans ce cas, ces Maires racisés, autrement dit, des élus qui sont affectée à une « race » au sens social du terme, du fait de certaines caractéristiques subjectives, subissent en effet, les discriminations et les oppressions qui viennent avec ces caractéristiques.


En clair,  leur identité politique est donc réduite à leur origine raciale ; ces nouveaux Maires noirs, sont perçus comme représentants d’un groupe et non comme élus « universels ». Ce processus favorise in fine, la production de discours racistes comme ce qu’on voit en ce moment dans les médias qui amplifient d’ailleurs malheureusement, les tensions sociales et politiques. En effet, ces médias jouent un rôle structurant dans la perception de ces nouveaux élus notamment dans  l’amplification de controverses, la diffusion de récits polarisants, le cadrage racialisé des enjeux politiques actuels et à venir. Bally Bagayoko est déjà vu comme un probable candidat à l’élection présidentielle de 2027. Comme l’a montré le Professeur Hollandais, Ten van Dijk (Racisme et presse, 1991) les discours médiatiques participent activement à la reproduction du racisme dans la société.


Le backlash racial : une réaction à la montée des élites noires dans la hiérarchie sociopolitique.


En sociologie, le terme de backlash ou réaction négative, désigne une résistance véhémente et souvent organisée des groupes dominants aux changements sociaux, politiques et culturels qui menacent leur pouvoir (Susan Faludi, 1991). Cette réaction antisociale se manifestant généralement par des démarches visant à stopper les progrès en matière d'égalité pour les groupes « supposés subordonnés ». Le backlash racial est motivée par la perception d’une perte de statut ou d’une violation des droits, ce qui incite directement à une mobilisation rétrograde pour rétablir les hiérarchies antérieures plutôt qu’à un simple mécontentement passif. Le concept de backlash permet d’interpréter ces réactions comme une réponse à une transformation des rapports de pouvoir.

 

Selon le Sociologue américain Herbert Blumer (1900-1987), le racisme repose sur un sentiment de menace du groupe dominant. Ainsi : l’ascension politique des Maires noirs comme Baly Bagayoko, est perçue comme une remise en cause des hiérarchies sociales ; cette ascension provoque donc des stratégies de délégitimation. Les élus concernés incarnent souvent une double altérité : raciale (Noir), sociale (issus de milieux populaires). Comme l’a montré Loïc Wacquant, Sociologue et Anthropologue français, les territoires populaires sont fortement stigmatisés, ce qui renforce les préjugés raciaux.


Pour lui, c’est bien au contraire le mélange croissant des populations autochtones et immigrées et la réduction de la distance sociale et des disparités de tous ordres, les séparant, sur fond de décomposition des « territoires ouvriers traditionnels » qui est malheureusement à la source des tensions et des conflits xénophobes qui traversent les zones urbaines.

 

Loin des dérives médiatiques et de l’abus de langage stigmatisant, pratiqués même par des Sociologues et Journalistes et Philosophes, à ses yeux peu rigoureux, Loïc Wacquant, dans son ouvrage « Repenser le ghetto, du sens commun au concept sociologique »,   nous permet la mise à distance critique des problèmes spécifiques de racisme posés par la désindustrialisation sur l’espace urbain. Celle-ci a des conséquences politiques durables notamment l'affaiblissement des structures économiques et sociales qui s'accompagnent d'une baisse de la participation électorale et d'une augmentation significative du vote en faveur de l'extrême droite dont l’idiologie a favorisé l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis le 5 novembre 2024.


Qu’est-ce que l’élection de Barak Obama aux Etats-Unis a apporté à la lutte contre le racisme anti-Noir.


L’élection de Barack Obama en 2008 aux États-Unis a été perçue comme un tournant historique. Toutefois, elle n’a pas marqué la fin du racisme. Selon le Sociologue américain Eduardo Bonilla-Silva, l’élection du premier Président noir, a plutôt contribué à transformer ses formes, en favorisant un racisme plus indirect. Il faut dire que l’élection de Barak Obama a suscité aux Etats-Unis, une polarisation accrue du racisme au plan politique avec notamment des discours contestant sa légitimité. On se rappelle le phénomène des « birthers », remettant en cause sa nationalité, qui illustre très bien cette délégitimation racialisée.


Ces réactions présentent de fortes similitudes avec celles observées en France. Néanmoins, il y a des différences structurelles importantes qui subsistent. Aux Etats-Unis par exemple, la « race » est une catégorie reconnue officiellement. Étant donné le passé ségrégationniste de ce pays, le mot « race » y évoque de façon quasi automatique un modèle fondé sur les privilèges blancs et des préjugés contre les Noirs. L'U.S. Office of Management and Budget (OMB), propose, dans ce sens, une classification en 5 grands Groupes : Blancs, Noirs ou Africains-Américains, Amérindiens ou originaires d'Alaska, Asiatiques et Hawaïen ou autre originaire d'une île de l'océan Pacifique, plus le Groupe : Autre race.


En France au contraire, la « race » est niée. Le débat sur ce sujet divise fortement les militants antiracistes et les personnalités politiques. Les arguments en faveur et en défaveur de la suppression du mot  « race » de la Constitution, sont constants depuis le début des années 1990, et les échanges sont souvent très passionnés : certains reprochent au mot « race » sa connotation historique ou l'évocation d'une prétendue réalité biologique que la science a d’ailleurs réfutée, tandis que d'autres utilisent ce mot avec le sens qu’il prend en sociologie, dans un contexte de lutte contre le racisme.


La divergence sur la notion de « race », aux Etats-Unis et France, explique des formes différentes d’expression du racisme dans les deux pays.


L’élection des douze Maires noirs notamment Bally Bagayoko à Saint Denis, met à nu les tensions profondes dans la société française. La résurgence du racisme anti-Noir qui l’accompagne n’est pas le résultat d’un phénomène isolé. Il est constitué d’un ensemble de mécanismes structurels. Ceux-ci se caractérisent par la remise en cause des communautés dominantes de l’ordre symbolique républicain abstrait, des processus de racialisation médiatique  et un backlash lié à la montée en flèche dans la hiérarchie sociopolitique des élites noires.


La comparaison avec Barack Obama montre que ces dynamiques dépassent le cadre français et s’inscrivent dans une logique plus générale à travers le Monde. L’accès au pouvoir des minorités racisées, tend à révéler, plutôt qu’à effacer, les tensions raciales. Ces transformations invitent à repenser le modèle républicain et les outils d’analyse du racisme, afin de construire une égalité véritablement effective dans des sociétés de plus en plus diverses.


Les espoirs déçus par les deux mandats de Barak Obama n’ont fait qu’accentuer l’acuité de la question raciale aux États-Unis. Les huit ans que le premier Président noir a passé à la Maison Blanche, laissent à penser que l’exacerbation des haines raciales qui caractérisent le mandat de Donald Trump, constituent un « backlash », autrement dit, une réaction raciste violente et conservatrice similaire à celle observée dans le Sud des Etats-Unis, après la période de la Reconstruction qui succéda à la Guerre de sécession (1861-1865). L’élection du premier Président noir de ce pays, n’a malheureusement pas pu changer les mentalités des Américains au sujet de la question raciale de manière radicale. Aujourd’hui encore, le racisme anti-Noir demeure une question fondamentale au pays de l’Oncle Sam. En France, il devenu très préoccupant eu égard à la fragilité même de l’équilibre sociale.

 

« Aujourd’hui, les stéréotypes les plus archaïques continuent d’être au cœur de certaines visions racistes : ils s’entendent par exemple dans certains discours officiels capables de définir un joueur de football comme « typique africain », autrement dit prétendument identifiable par sa combativité et sa puissance et, en contrepartie, auquel la technique, l’intelligence et la discipline feraient défaut. On peut voir aussi dans certaines agressions verbales – également très courues dans les stades mais qui ont aussi visé l’ancienne Ministre de la Justice, Christine Taubira, dans le cadre de ses fonctions, par exemple, la persistance de stéréotypes puisant dans le registre de l’animalité (Valeurs de la République, Réseau Canopé, le racisme anti-Noirs).


Dr Ben ZAHOUI-DÉGBOU, Géographe-Journaliste, Spécialiste de Géopolitique et Enseignant-Chercheur en Commerce International  (Investissements Directs Étrangers - IDE – et Développement).

 

Références Bibliographiques


1- Colette Guillaumin, L’idéologie raciste. Genèse et langage actuel, Paris, Gallimard, 1972.

2- Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, Paris, Seuil, 1952.

3- Achille Mbembe, Critique de la raison nègre, Paris, La Découverte, 2013.

4- Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Paris, Liber, 1996.

5- Loïc Wacquant, Urban Outcasts, Cambridge, Polity Press, 2008.

6- Pap Ndiaye, La condition noire, Paris, Calmann-Lévy, 2008.

7- Eric Fassin, La raison minoritaire, Paris, Presses de Sciences Po, 2010.

8- Teun A. van Dijk, Racism and the Press, London, Routledge, 1991.

9- Herbert Blumer, “Race Prejudice as a Sense of Group Position”, Pacific Sociological Review, 1958.

10- Eduardo Bonilla-Silva, Racism without Racists, Rowman & Littlefield, 2006.

11- Articles de Le Monde (mars 2026) sur les réactions racistes à l’élection de maires racisés.


 

 

 

 

Bally Bagayoko, le nouveau Maire de Saint Denis, près de Paris.

Pourquoi l’élection de douze Maires noirs, notamment Bally Bagayoko à Saint-Denis, ravive-t-elle le racisme anti-Noir en France ? Par Dr Ben ZAHOUI-DÉGBOU.
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Auteur : Ben ZAHOUI-DÉGBOU
Source : voir références bibliographiques
Mise en page et illustration :
ADJI Dagbo (glouziletnews.com).
Agence Gouzilet
Paris le 11 avril 2026


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